Samedi 26 avril 2008





Les jeux olympiques font partie de notre mythologie télévisuelle comme sans doute l’eurovision et ses interminables votations ou  l’élection de miss France et ses interminables défilés. Evènements rituels, récurrents, rassurants dont on peut picorer une partie sans perdre le sens de l’ensemble. Quelques feuilletons ont atteint ce statut cathodique planétaire, je pense à Sex and the city , Lost ou, plus lointain mais précurseur, X-files.

Peut-on boycotter un phénomène planétaire ? S’abstraire du mode ? On peut compléter d’ailleurs la question : peut-on feindre de découvrir aujourd’hui l’asservissement des Tibétains ? Que je sache le comité Olympique a attribué les jeux à Pékin après et non avant l’invasion de ce pays par les chinois qui date, elle, de 1949. Enjeux économiques contre droits de l’homme, trêve olympique face à la soif de liberté, ouverture salutaire induite par le tourisme  contre immobilisme politique. .. notre esprit cartésien, dispose de la synthèse, de l’antithèse mais souffre à trouver la synthèse.

Pour échapper au dilemme les sportifs français ont tenté une figure acrobatique, la prétérition, en proposant d’arborer un badge portant la mention : Pour un monde meilleur.

Il s’agit d’affirmer, dans la prétérition,  que l’on ne dira pas ce que, précisément, on s’apprête à dire. Dans sa forme atténuée on obtient une phrase du type : M. Untel, pour ne pas le nommer ou encore je n’ai pas besoin de vous dire que … Ce procédé rhétorique est souvent utilisé en politique pour dénigrer un adversaire ou, dans les médias, pour citer une marque. Par exemple, je n’ai pas le droit de citer la marque dans cette émission, je ne dirais donc pas qu’il s’agit de coca-chose.

Dans le cas qui nous occupe le port d’un badge fonctionne de la manière, je ne dirais pas qu’il faut boycotter les jeux olympiques, puisque j’y vais, mais je le dis quand même, puisque j’arbore un badge.

Le problème avec cette figure c’est qu’elle est cousue de fil blanc. Elle se dévoile et de fait se saborde  dès qu’elle s’initie. Ainsi, si quelqu’un vous aborde en prononçant ces mots :   Je ne voudrais pas vous ennuyer … vous savez d’emblée qu’il vous faudra supporter de vaines et rasantes considérations.

Comme disent les économistes le procédé s’est démonétisé au fil du temps.

 En fait on ne peut être à la fois dedans et dehors, vivant et mort. (Sauf en mécanique quantique où comme l’affirme le paradoxe de Schrodinger un chat peut être à la fois mort et vivant mais cela nous écarte du sujet).

Cet entre-deux, rejeté avec dédain par le Comité Olympique, avait certes le mérite de nous permettre de sauver la face mais de quelle face s’agit-il ? Celle du pays des droits de l’homme où celle d’un pays où la balance des exportations affiche un déficit permanent ? Autrement dit, là encore, nous voyons qu’un discours politique (ou social) peut tenir des positions contradictoires à des moments différents mais non au même moment.

La schizophrénie symbolique s’accommode du temps qui passe, elle se détruit dans l’instant.

Nous avons appris – ce 26 avril – que la Chine acceptait d’ouvrir le dialogue avec le Dalaï lama. Cette position, saluée par les nations du monde, constitue l’exemple inverse. Fermeture et ouverture se succèdent, elles n’ont pas été énoncées simultanément.

 

Source de l’image : reporters sans frontières

http://www.rsf.org/article.php3?id_article=22779

Pétition pour le boycott :

http://www.rsf.org/article.php3?id_article=26388

Par Amigotaichi - Publié dans : société
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