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On ne s’attendait pas à
voir fleurir dans les gradins d’un stade de football un oxymore aussi désastreux. Cette figure consiste à associer dans un seul syntagme des éléments sémantiquement
incompatibles. Ici, l’accolement d’un titre de film a succès – devenu symbole d’une région et par là d’un certain art de vivre – et d’attributs insultants – au moins pour les deux premiers car
être chômeur n’a rien de péjoratif - a provoqué le scandale.
Il pourrait s’agir d’une boutade, d’un jeu, d’une provocation mal mesurée, les mots dépassant, comme l’on dit, la pensée. Mais justement, il me semble qu’ici les mots ne dépassent pas la pensée. Au contraire ils l’englobent, la sclérosent, la drainent de tous ce vernis social qu’une société accumule pour permettre aux êtres de vivre en communauté.
Soyons plus clairs. Cette banderole, d’une violence rare, stigmatise des catégories dans un processus d’étiquetage qui fait de l’autre, moins qu’un homme, à savoir une abstraction, un objet, un ennemi, une cible facilement identifiable. Ce classement destructeur, mécanisme dénoncé en son temps par le philosophe Michel Foucault, indique en creux les valeurs qui le fondent. Autrement dit les rédacteurs de la fameuse pancarte pointent, implicitement, ce qui d’après eux est menacé.
La préservation de l’espèce d’abord dans la mesure où les pédophiles s’attaquent à nos enfants et donc à notre descendance.
La pureté génétique ensuite puisque la consanguinité altère le brassage des gènes et, sous-entendu, produit des malades mentaux.
La stabilité de l’ordre social enfin, un ordre qui distinguerait possédants et possédés. Les chômeurs sont considérés non comme les victimes d’un système économique qui nécessite un volet de main d’œuvre disponible – relire à ce sujet le livre l’horreur économique – mais comme des parias de la société. Ils seraient alors potentiellement inaptes au travail et dangereux.
Certes, l’histoire a connu d’autres boucs émissaires que les pédophiles, les malades mentaux et les chômeurs mais la résurgence publique de cette incitation à la haine marque sans fard le malaise d’une civilisation.
Pour finir sur une note plus drôle n’aurais-je rien à dire sur le film lui-même ? Sur le fait qu’il ait attiré, au moment où j’écris, plus de 15 millions de spectateurs ? Sur mes 8 années vécues en Picardie, région cousine ?
Et bien – même si la réalité est moins conciliante - outre le fait d’avoir retrouvé avec plaisir des personnages familiers et chaleureux, j’ai apprécié une œuvre qui, contrairement à d’autres divertissements formatés par le marketing, ne se prend pas pour ce qu’elle n’est pas et ne dénigre pas ses personnages. Elle véhicule un message de fraternité, tout le contraire, en somme, de la triste opération relatée plus haut.
John Kennedy se déclarait, en 1963 à Berlin, Berlinois. La France – il parait qu’un
habitant sur trois de ma région actuelle a vu le film – semble prête à se déclarer Ch’tis.
Il y a sans doute dans ce régionalisme bon enfant et utopique une forme, à explorer, d’anti mondialisme salutaire.
( photo couleur d'origine : Alain Flandrin, Libre de droits, licence : http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/ )
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