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Lorsque N. Sarkozy annonce en 2008, face a des journalistes, qu’il n’y a pas d’argent dans les caisses il commet une métalepse. Il ne peut selon lui distribuer de cadeaux faute d’argent alors que c’est en partie pour l’avoir distribué (paquet fiscal) qu’il n’y en a plus (La métalepse consiste en la substitution, dans une phrase, de l'effet à la cause, de l’antécédent au conséquent, du narrateur à l’acteur, ou réciproquement.).
Cette thématique est de fait déclinée sous différents modes : faillite de l’état (Fillon), pas d’argent dans les caisses (Sarkozy), les caisses sont vides (Santini).
Il faudrait que quelqu’un écrive un jour une l’histoire de la politique comme une suite de moments dédiés à la dissimulation et au dévoilement (actualisation souhaitable de L’art du mensonge politique de Jonathan Swift). Les grands discours, les envolées lyriques, les sommets interminables, les duels de partis, la conquête et la perte du pouvoir, la personnalité des élus, tout cela ne représente rien, ou si peu, comparé à la formidable intelligence déployée pour cacher, nier, minimiser, décrédibiliser ou au contraire faire surgir la vérité du moment.
La transparence n'est pas prisée en politique.
Ainsi Pompidou a occulté son cancer, Jacques Chirac, entre autres, ses penchants et sa connaissance de sinologue, Jospin son troskisme et grand
maître en la matière,
Je ne porte pas ici de jugement moral. Raison d’état, simple pudeur ou tromperie délibérée, la finalité des actes ou du discours m’importe moins ici que la mécanique sous-jacente.
Réglons également un problème de vocabulaire. L’omission n’est pas toujours considérée comme un mensonge. A tord. Mon directeur de thèse, Guy Durandin, membre des sciences morales et politiques et auteur, entre autres de l’ouvrage Les fondements du mensonge, définissait l’omission comme le fait de priver l’interlocuteur d’une information sans lui laisser deviner cette carence. Les effets de l’une, l’omission, et de l’autre, le mensonge, sont similaires car dans l’une comme dans l’autre le destinataire peur être trompé et manipulé de manière durable.
L’omission me semble toutefois une pratique extrêmement plus raffinée et percutante. Elle ne s’expose pas à la contradiction des faits, elle est réversible (on peut toujours invoquer, une fois découvert, une amnésie passagère ou le fait que l’information non communiquée ne semblait pas importante), elle n’exige pas la production de tous ces signes qui, enrobant le mensonge, sont destinés à prouver sa bonne foi.
La vérité n’est pas toujours bonne à dire nous enseigne l’adage populaire. De là à dire qu’elle est bonne à cacher il n’y a qu’un pas et l’on peut se demander si là ne réside pas, finalement, le contrat moral et implicite qu’un peuple d’électeurs (j’exclue les totalitarismes) passe avec ses dirigeants. L’élection, qui n’est qu’une forme de délégation de responsabilité, est à ce prix. Tout se passe en effet comme si un partage des tâches implicite supposait que l’homme politique, choisi pour cela, endosse à la fois de lourdes responsabilités et le silence, protecteur, qui les accompagne. Qu’on ne se méprenne pas. Nulle démission dans cette invisible attente, simplement un partage bien compris des peines et tâches de ce monde. Le même citoyen sera tout à fait capable d’ailleurs, une fois son devoir civique accompli, de réclamer une pleine information et même, de créer un blog pour cela. La fusion ou confusion des rôles n’est toutefois pas de mise.
On ne doit pas s’étonner dès lors si l’expérience du candidat, sa capacité à prendre seul de grandes décisions est largement soupesée avant les élections. On doit comprendre alors que la révélation des parts d’ombre – jardins secrets ou pirateries politiques - de ceux que nous avons choisi confortent parfois leur épaisseur et leur capacité à conserver par devers eux, les secrets de famille dont nous leur avons confié la charge.
Cela, sans doute, N. Sarkozy ne l’a pas compris ou, de cela il a voulu se dédouaner. Annoncer par exemple que les caisses sont vides (comme Jospin avait en son temps avoué son impuissance face aux délocalisations) ce n’est pas décrédibiliser le politique mais l’électeur. C’est mettre à nu son impuissance collective – individuellement le problème ne se pose pas - à faire le bon choix. Il y a manquement à la théorie gestaltiste qui considère que le tout est supérieur à la somme des parties.
Si l’on souhaitait donner une conclusion pragmatique à ce propos sur la dissimulation en politique on pourrait conseiller d’une phrase quelque peu cynique nos représentants.
Un homme ou une femme politique n’est autorisé ni à mentir, ni à dire la vérité. Il n’a d’autre alternative
que de pêcher par omission.
( photo couleur d'origine libre de droits, licence : http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/ )
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