Recherche

Calendrier

Août 2008
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Créer un Blog

Lundi 14 avril 2008



« Travailler plus pour gagner plus «  c’est là une belle épiphore que nous propose l’équipe de  Sarkozy. L’épiphore consiste en la  répétition d’un mot ou groupe de mots en fin de phrase, de paragraphe ou de strophe. Elle apparait ici au service de l’une  des plus vieilles constantes humaines, au cotés, soyons optimistes, de la générosité. J’ai nommé bien sûr  l’appât du gain. L’harpagon, le petit-bourgeois (au sens que donnait Roland Barthes à ce terme), le gagnant du loto, autant de figures qui sommeillent en nous et qu’une promesse électorale et électoraliste  éveillent secrètement. Le « plus » a toujours attiré les oreilles et les publicitaires, qui toujours lavent plus blanc, l’ont depuis longtemps bien compris car il ne suffit pas qu’un objet replisse son office. Il doit, en quelque sorte, faire mieux et apporter, toujours, un supplément d’âme. La phrase possède, en tout cas, tous les attributs d’une rengaine publicitaire. Elle est assez courte pour devenir un slogan facilement mémorisable. En outre elle condense en quelques mots l’essentiel d’une doctrine : le travail en tant que valeur, le gain d’argent en tant que but et la quantité en tant que mesure dans une société promise au culte du résultat.

Bien sûr, dans les termes de l’équation qui nous est ainsi proposée, le gain n’est pas gratuit puisqu’il exige effort supplémentaire. Voici ainsi La fontaine modernisé –  travaillez, donnez vous de la peine – et la richesse déculpabilisée puisque tout effort mérite salaire. En ce sens la phrase désigne sa cible, en vrac  les restes du prolétariat, la classe moyenne, les non rentiers, les non héritiers. Mais elle occulte son fondement, une morale judéo-chrétienne où seuls les People et les rois bénéficient de la grâce divine qui dispense de travailler.

Elle occulte également, dans son conservatisme désuet, le fait que pénurie des matières premières et dégradation écologique devraient nous inciter, comme l’ancien club de Rome, à consommer moins ou à tout prendre mieux. Ou bien, issue potentielle mais frustrante, il s’agirait de gagner plus pour amasser plus, le travail supplémentaire laissant d’ailleurs peu de temps aux dispendieux loisirs. Nous voici en tout cas bien loin de Paul Lafarge et de son éloge de la paresse.

Mais, ce qui me semble significatif, ce qui fonde la figure de style, c’est l’idée même de répétition. Or, qui pourrait nier qu’il s’agit là de l’une des constantes du discours politique de la majorité actuelle. Deux idées à l’appui de cette thèse : au soir de sa défaite électorale – municipales de 2008 – chaque membre de la majorité ânonnait la même antienne, à savoir que les mauvais résultats n’étaient que le signe d’une impatience et, plus précisément, d’une impatience de réformes. On peut s’étonner que des électeurs, pour manifester leur impatience, et donc leur adhésion à la politique de réforme, refusent de voter pour les détenteurs de cette politique. Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel est dans la répétition plateau après plateau de télévision, heure après heure, d’un même discours. A ce compte là toute divergence devient vite assourdissante. Que Rama Yade, secrétaire d’état aux affaires étrangères et aux droits de l’homme, s’insurge de la venue du général Khadafi  à Paris ou que Nathalie Kosciusko-Morizet  tance les parlementaires de son camp et soudain leur parole, dérogeant à la règle, envahit médias et esprits.

L’autre argument est sans doute de nature plus psychologique. L’actuel président cherche à se différencier de l’Autre, lieu du signifiant, son prédécesseur. Nouveau style pour une nouvelle époque ou plutôt, attirance atlantistes aidant, un nouveau monde (si tant est que les Etats Unis puissent encore arborer ce qualificatif). Or Jacques Chirac, puisqu’il s’agit de lui, peut être considéré à certains égard comme un champion de la mouvance tant ses certitudes politiques, du couple Pierre Juillet / Marie France Garraud à par exemple Balladur, son ami de trente ans, ont évolué. Qu’est la répétition sinon l’inverse du zapping permanent ? Du moins dans les discours, les poses et les attitudes car le jeu politique est trop complexe, les rapports de force et de négociation trop tendus pour décerner, à court terme, des brevets de constance.

La compulsion de répétition, nous explique Freud, du moins dans sa première interprétation permet à l’enfant, qui jette un objet puis le récupère, de rompre sa liaison avec sa mère  (l’objet symbolique qu’il fait disparaitre puis récupère) et de passer ainsi d’un registre passif à un registre actif. En outre, en oralisant, c'est-à-dire en verbalisant son acte, il renonce à ses manifestation pulsionnelles (la colère quand sa mère le quitte).

Je laisse à chacun le soin de méditer sur cette brève incursion dans la psychanalyse.

( photo couleur d'origine : Guillaume Paumier, Libre de droits, licence : http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0/ )

par Amigotaichi publié dans : société
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Retour à la page d'accueil

Catégories

Présentation

Derniers Commentaires

Blog : Société sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus